Passion Astrologue syndrome de Cassandre

Le syndrome de Cassandre ou la malédiction de l’astrologue: être entendu sans être cru

Dans la grande fresque des mythes grecs, peu de figures sont aussi tragiquement lumineuses que celle de Cassandre.

Elle reçut d’Apollon, dieu des oracles, le don de prophétie, mais lorsqu’elle refusa son amour, comme il ne put lui reprendre ce don, il le greva d’une malédiction : Cassandre verrait l’avenir, mais elle serait condamnée à ce que personne ne croit à ses paroles !
C’est tout le destin paradoxal de Cassandre, savoir sans pouvoir convaincre, voir sans pouvoir sauver, comprendre sans pouvoir aider.

C’est un mythe archétypique vraiment très intéressant de la conscience éveillée face à un monde encore endormi, inconscient, aveugle, car étant “incapable” de voir et de comprendre, même malgré les évidences.

Le don d’Apollon était à la base une grâce, la vision claire des lignes du temps, ainsi Cassandre percevait les enchaînements invisibles, les signes avant-coureurs, toutes les forces à l’œuvre derrière les événements.

Mais malgré toute sa bonne volonté, la vérité de ces lignes temporelles ne pouvait simplement pas être reçue par les autres, car ils n’avaient pas la capacité de la comprendre, comme si un voile leur cachait les yeux et obscurcissait leur jugement, comme si le destin qu’ils avaient à accomplir les prédestinait à ne rien pouvoir éviter…

À chaque avertissement, à chaque supplication de Cassandre, la foule riait, le roi son père détournait le regard, et elle eut beau annoncer la chute de Troie, elle vit venir la ruine, mais ses mots se perdirent dans le vide.

Il y a donc chez Cassandre cette double tragédie à la fois dans la perte inéluctable de la ville de Troie et de son peuple, mais aussi dans le silence assourdissant qu’on oppose à sa lucidité et à ses prémonitions.

L’astrologue, héritier de Cassandre ?

Sous des formes modernes, l’astrologue vit très souvent une expérience similaire à celle de Cassandre, je l’ai constaté plusieurs fois dans ma pratique, vraiment à maintes reprises, et même avec des proches, aussi il y a forcément des choses à creuser et à retenir en cela.

J’ai eu beau analyser les cycles astrologiques des personnes, prévenir, mettre en garde, expliquer, je n’ai pas vraiment été entendu.

Cela forme vraiment un effet bizarre, la personne écoute, semble comprendre, elle perçoit les correspondances qu’on lui indique, elle acquiesce, mais dans les faits c’est vraiment comme si une force supérieure devait faire coûte que coûte réaliser les crises inscrites dans la trame du ciel.

On peut vraiment se poser des questions sur la prédestination, dans quelle mesure l’être humain a des marges de manoeuvre, et personnellement je n’ai pas vraiment pleinement tranché encore ces questions là (et apparemment beaucoup de philosophes non plus, quand on voit les nombreux débats sur le libre arbitre dans l’histoire).

Je partage beaucoup cependant la vision de l’astrologue Dane Rudhyar, qui disait que l’homme avait surtout certains “noeuds” dans son existence, qui forment des sortes de carrefours importants pour exercer son libre arbitre (et à ne pas rater donc !), mais que pour le reste, l’homme était beaucoup multiconditionné (dans le débat de la psychologie moderne, “inné / acquis”, on devine déjà qu’une grande partie de ses acquis dépend de son inné).

Peut être que les personnes, face aux cycles astrologiques qu’on leur annonce, demeurent prisonnières de ce qu’elle doivent réaliser de toute façon pour aller au bout de la route qu’elles suivent ? (certains physiciens modernes, dans la théorie “de l’univers bloc” notamment, ont des hypothèses disant aussi en quelque sorte que c’est notre futur qui nous aspire et crée le présent, lire mon article “astrologie et rétrocausalité“)

Et dans ce cadre, quoi que l’on puisse dire à ces personnes, cela ne change rien sur leur devenir final !
Soit peut être parce qu’elles sont averties trop tard (il aurait fallu avertir avant, prendre un embranchement différent à un noeud d’existence, il y a même plusieurs années de cela), soit car de toute façon, pour des raisons propres à leur évolution profonde finale, à la nature de leur incarnation, elles doivent dans tous les cas passer par ces épreuves en question…

C’est aussi la notion très plutonienne de “destruction créatrice”, la crise est un vecteur puissant de changements et d’évolutions.

Donc la personne “écoute” la mise en garde, mais ne l’imprime pas vraiment parce qu’elle est “happée” par ses cycles de manière compulsive, inconsciente, et qu’elle n’a donc pas tous les leviers conscients pour les éviter.

Ce n’est pas qu’elle “ne croit pas” en la mise en garde, mais juste qu’elle ne pourra pas la réaliser de manière pratique.

Non pas parce que ce savoir est ésotérique, mais parce que la conscience humaine ne peut intégrer que ce pour quoi elle est prête (il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir).

Et nous sommes tous susceptibles, face à notre propre vie, de matérialiser cette inconscience…
Je précise bien que je ne dis pas ici que c’est ce qui advient dans 100% des cas, mais que cela arrive souvent malgré tout.

Ce voile d’incompréhension peut être tissé de peur (celle de savoir ce qui vient et de ne pas pouvoir l’empêcher), d’ego (le refus d’admettre qu’on ne maîtrise pas tout personnellement), ou simplement d’immaturité spirituelle (l’incapacité à penser en termes de cycles plutôt que de causes immédiates, et à accueillir sa destinée, notamment dans ses épreuves difficiles).

L’astrologue parle en langage symbolique, celui du mythe, de l’analogie, du rythme, il exprime la réalité du temps sous une forme qui ne s’adresse pas à la logique, mais à la compréhension intérieure, et c’est ce recul qui lui permet de s’extraire et de modifier sa compréhension (absolument tout le monde peut atteindre cela en analysant ses cycles).

Or, pour celui qui n’a pas encore accès à ce langage, qui n’a pas débloqué vraiment ces compréhensions, tout cela paraît abstrait, étrange, idiot, exactement comme les Troyens face à Cassandre, les hommes modernes, saturés de rationalisme, regardent le ciel sans y lire autre chose que des mathématiques.

Le voile d’incompréhension est donc beaucoup collectif aussi : c’est celui de la modernité elle-même, qui a perdu la clé des correspondances et des analogies, qui ne veut plus s’encombrer de cela (René Guénon en a beaucoup parlé dans ses livres).

Et chaque astrologue, même amateur, en exerçant son art, se heurte forcément à ce mur invisible, cette surdité de l’âme qui confond analyse des cycles et superstition.

Cassandre pour cela n’est pas seulement victime, elle est aussi une figure initiatique.
Elle symbolise la conscience éveillée avant l’heure, qui perçoit les mutations profondes avant que le monde n’y soit prêt.

Son isolement, sa douleur, son malheur, sont ceux de l’esprit visionnaire et avant-gardiste qui vit dans un décalage temporel, entre le futur déjà perçu et le présent qui ne veut pas l’admettre (tous les uraniens sont très familiers avec cela, tant ils vivent souvent “à contre temps”, un peu coincés dans ce type de blocage).

L’astrologue, lui aussi sous dominante uranienne, vit souvent ce même décalage, il parle beaucoup pour préparer au mieux demain, et non seulement pour l’instant, aussi souvent en sachant déterminer “ce qui n’est pas bon à dire”.

Son regard s’étend sur des cycles qui dépassent largement la perception immédiate du présent, certains cycles relativement courants concernent même des décennies, voire des vies entières (notamment dans les Progressions Secondaires).

Il ne cherche pas tant à convaincre, mais surtout à relier : relier l’individu à la grande respiration du ciel, à la logique cachée des crises, à la nécessité des retournements, à une meilleure compréhension du sens profond.

Et cela exige, un peu comme pour Cassandre ou Don Quichotte, un coté persévérant et humble : celui de dire quand même les choses, même si personne n’écoute ou n’arrive à comprendre.

Pas juste pour le plaisir de dire “je vous l’avais bien dit” d’ailleurs, mais pour témoigner, pour que les cycles futurs se fassent, peut être eux, avec plus de conscience…

Cela demande aussi d’avoir la justesse de trouver les bons mots, car peut être après tout, il est possible aussi que certaines formulations soient mieux comprises que d’autres ! Qu’elles fassent plus de sens, qu’elles forment meilleure étincelle dans l’esprit de l’autre.

Donc il faut savoir ciseler les informations, les calibrer au plus juste, les distiller, pour essayer de déterminer “ce qui sera le mieux compris”, ou plutôt : ce qui est le plus juste à dire dans la situation actuelle (la nuance est de taille).

Les mots agissent en silence, ils germeront plus tard ! Si ils doivent germer, et quand l’événement en question viendra donner corps à ce qui avait été entrevu.

Donc il ne sert à rien de se décourager du rejet, de l’incompréhension, ou d’en vouloir aux Troyens qui ont rigolé de Cassandre, c’est le temps et les cycles qui finissent toujours par s’imposer.

Être astrologue, c’est donc transformer la malédiction de Cassandre en mission quotidienne ! (comme Sisyphe avec son rocher)

Ce n’est plus chercher à convaincre, mais à semer la conscience, à préparer l’individualité au mieux.
C’est savoir que toute parole juste finit par trouver son heure, même si elle traverse d’abord le désert de l’incrédulité.

C’est parler de manière lucide au nom des cycles profonds, pas se plier aux vents de l’éphémérité.

Car l’aspect visionnaire ne sera jamais fait pour convaincre, mais surtout pour susciter la curiosité initiale.
Et le temps, lui, finira toujours par donner son juste dernier mot.

Pensez à vous abonner à la newsletter astro pour être tenus informés des dernières publications ! Ainsi que la Lettre PREMIUM si vous souhaitez recevoir les informations en avant première...
A lire pour approfondir vos connaissances astrologiques : Par où commencer pour apprendre l'astrologie et Etudier Dane Rudhyar
Pensez aussi au Forum d'astrologie et à toute la communauté astrologique qui le compose, si vous souhaitez approfondir votre témoignage et échanger avec des membres, astrologues passionnés et amateurs...
Fil d'ariane :Consultations >> Sommaire du site

Comprendre son Thème natal

Soleil en MaisonsLune en Signes >> Lune en MaisonsMercure en Signes >> Mercure en MaisonsVénus en Signes >> Vénus en MaisonsMars en Signes >> Mars en MaisonsJupiter en Signes >> Jupiter en MaisonsSaturne en Signes et en MaisonsUranus en Signes et en MaisonsNeptune en Signes et en MaisonsPluton en Signes et en MaisonsLune Noire en Signes et en MaisonsNoeuds lunaires en Signes et en MaisonsL'astéroïde Chiron en Signes et en Maisons

Comprendre ses Transits

Soleil en Signes en transit >> Soleil en transit en maisonsLune en transit en Signes et MaisonsMercure en transit en Signes et MaisonsVénus en transit en Signes et MaisonsMars en transit en Signes et MaisonsJupiter en transit en Signes et MaisonsSaturne en transit en Signes et Maisons
Vous aimerez aussi les articles astro suivants :

22 réflexions sur “Le syndrome de Cassandre ou la malédiction de l’astrologue: être entendu sans être cru”

  1. Merci beaucoup Christophe pour cette analyse très intéressante sur le syndrome de Cassandre, et tout particulièrement ce voile d’incompréhension, terme magnifiquement bien choisi. En effet, le manque de connaissance et de compréhension peut nous perdre… surtout quand on est débutant en astrologie et qu’on traverse des périodes compliquées, floues….

    1. Christophe GUILLAUME

      Merci Catherine de votre passage 🙂
      Oui pas évident en plus quand on débute dans une activité, mais il faut persévérer…
      J’ai d’ailleurs un autre article en préparation qui traite du “manque de persévérance” qui semble un peu devenu chronique à notre période malheureusement…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Astrologue