Est-ce que vous feriez confiance à vos propres perceptions personnelles et à votre jugement si tout un groupe affirmait le contraire de ce que vous percevez ?
Derrière cette question, il y a une expérience de psychologie sociale développée par le psychologue Solomon Asch en 1951, et qui est donc un peu l’ancêtre de l’expérience de Milgram réalisée en 1960 (une expérience sociale un peu cousine qui traite du comportement face à l’autorité).
L’expérience des lignes de Asch visait à étudier à quel point le jugement du groupe est important sur notre avis personnel, et elle allait démontrer à quel point nous pouvons aller vraiment très loin pour cela (quitte à déformer la réalité, à nier nos perceptions, même contre toute évidence).
C’est le genre d’expérience sociale vraiment importante à connaitre personnellement, car elle peut nous aider à désamorcer certains biais psychologiques dont nous pouvons être le jouet, même inconsciemment.
Dans cette expérimentation, Solomon Asch a réuni un groupe de 7 à 9 personnes dans une salle et tous les participants sont des complices, des acteurs, sauf une personne qui est donc le véritable sujet de l’expérience, et qui est placée en avant-dernière position dans le groupe (ce détail a de l’importance).
On les soumet à un exercice en apparence simple : on leur montre une ligne de référence, et ensuite, sur un autre support on leur montre 3 autres lignes de longueurs différentes (A, B et C), en leur demandant de dire à tour de rôle à voix haute, laquelle de ces 3 lignes est de même longueur que la ligne de référence.
C’est un exercice enfantin, et la réponse est clairement perceptible et évidente !
Mais dans l’expérience, les différents acteurs complices donnent intentionnellement une mauvaise réponse, à l’unisson, en indiquant tous la même ligne.
Le but étant de savoir comment le sujet de l’expérience va réagir face à cela ? Alors que tous les participants avant lui auront donné une mauvaise réponse…
Est ce qu’il va oser être la seule voix discordante de l’expérimentation, en passant un peu pour le “mouton noir” qui voit tout “de travers” par rapports aux autres ? (au risque évident de se faire ostraciser par tout le monde)
Ou est ce que, contre sa perception même, contre toute logique et évidence, il va choisir de rester dans la conformité du groupe ? (en disant donc la même réponse que tous les autres avant lui)
Sans grande surprise, la force de la pression sociale est vraiment massive ! Puisque presque 75 % des sujets qui ont été étudiés dans ces expérimentations se sont conformés au moins une fois à l’opinion fausse du groupe, même donc quand cela contredisait ce qu’ils voyaient et que cela allait à l’encontre de l’évidence.
Par contre, Solomon Asch a aussi tenté une version de cette expérience où les participants répondaient par écrit et la pression sociale de conformité a chuté drastiquement…
Cela prouve bien que c’est la pression immédiate du groupe environnant “dans le feu de l’action”, qui pousse en réalité le sujet étudié à en quelque sorte “abdiquer” son avis personnel au profit de la force de coalition des autres (l’effet de groupe prédomine en quelque sorte sur l’individualité).
En clair, on peut bien “avoir tort”, si on est nombreux dans le même cas, cela suffit à former une pression susceptible d’influencer l’ensemble d’un groupe ou de la société ! (donc aussi à influencer la définition de “la vérité”)
Solomon Asch a ainsi étudié le “conformisme” et il en a identifié 2 types principaux :
+Le conformisme normatif : le sujet sait très bien que le groupe a tort (il identifie bien clairement les choses), mais ne veut pas paraître différent ou risquer l’exclusion (par peur des ennuis, du conflit, de ne pas avoir d’appui extérieur des autres, etc).
C’est un conformisme très courant, le plus répandu.
+Le conformisme informatif : le sujet doute de lui-même et croit que le groupe a raison, il est capable de remettre en cause ses propres perceptions en donnant une priorité à la perception du groupe en premier (à la perception du nombre).
Ce type de conformisme n’a pas été spécialement présent dans cette expérience, car Asch a fait vraiment en sorte que les différences de lignes soient très visibles et vraiment évidentes, qu’il n’y ait pas de doute possible.
Cette expérience de psychologie sociale reste très importante, car elle a démontré vraiment l’importance de l’influence sociale du groupe sur nos jugements personnels, même sur des sujets complètement anodins et sans enjeu.
On devine sans peine du coup, dans un contexte professionnel ou politique, le poids social démultiplié que peut prendre un groupe, et à quel point cela peut nous faire déformer nos perceptions, soit par conformisme normatif ou informatif.
C’est d’ailleurs un peu toute l’histoire du livre 1984, de Georges Orwell, où le héros navigue entre ces 2 conformismes en flirtant avec la folie…
Un livre majeur paru en 1949, soit 2 ans à peine avant cette expérience de Asch.
L’intérêt encore une fois de connaitre ce genre d’expérience sociale, c’est vraiment de conscientiser personnellement ce genre de phénomène, pour être capable le cas échéant de le désamorcer si il le faut.
Astrologiquement, on sait par exemple que certaines influences seront plus facilement “anti-conformistes”, comme les énergies uraniennes ou martiennes, qui hésiteront moins à aller à rebours des conventions en se confrontant à l’avis des autres pour faire valoir leurs propres opinions.
Ceci dit, il y a beaucoup de variables possibles aussi dans l’équation et des fois la pression sociale est telle qu’elle ne laisse guère de place à “l’originalité”, elle a vite fait au contraire de marginaliser, d’exclure, de condamner.
On pourrait penser aujourd’hui que grâce aux réseaux sociaux et à internet, la communication s’est mieux démocratisée, donc que les avis sont plus pluriels, mais ce n’est pas forcément le cas partout et tout le temps.
Il reste toujours des pressions sociales importantes, dans le travail, la famille, avec les amis, et on est susceptible de retrouver toujours les mêmes types de conformismes.
Certains ages peuvent y être plus sensibles également, comme l’adolescence ou le jeune adulte, qui est fortement confronté à la pression du groupe au niveau scolaire, et avec tout ce que cela peut avoir de “formatage et conditionnement”.
Connaître ainsi l’expérience d’Asch, c’est avoir un levier supplémentaire permettant de développer un esprit critique dans une remise en question permanente : Suis-je vraiment en train de penser par moi-même, ou simplement de suivre le troupeau ? De répéter ce que j’ai entendu dans la bouche du plus grand nombre ?
Est ce que lorsque j’émets un avis je reste conforme à mes énergies astrologiques natales ? Ou est ce qu’elles sont frustrées au contraire ?
Car derrière les lignes de Asch et leur psychologie, ce sont aussi des questions de courage, d’autonomie, de tolérance, de définition de la “vérité”, qui interviennent.
Ce que l’on voit est peut-être “vrai”, mais si le groupe en décide autrement il a un pouvoir redoutable, il peut nous faire redéfinir par la force l’équilibre de notre jugement…
Et si l’on fait soit même partie du groupe à l’avis majoritaire, quelle place laisse-t-on aux avis divergents ?



Très belle analyse qui prend en compte les différents âges car en prenant de l’assurance avec la maturité venant on est moins enclins à taire sa vérité.
J’ai 69 ans et je sais que parfois mais pas pour tout je me suis un peu désavouée plus jeune.
Merci beaucoup
Oui l’age joue certainement un rôle important, ne serait ce parce que l’on a moins à perdre si l’on peut dire…
Mais même jeune, cela reste important d’avoir certaines compréhensions 🙂
Merci de votre témoignage.
“Le poids du groupe derrière nos jugements”
Connaissez-vous, Christophe, l’horrible drame de Hautefaye ???
Non je ne connaissais pas, mais je viens de voir, cela a l’air horrible, un cas de bouc émissaire sordide….
Sujet tellement d’actualité ! En fait, je suis assez étonnée car j’ai personnellement eu cette réflexion dans la journée, me disant que la foule, la meute, le troupeau, ne pense pas, mais réagit sans s’interroger… Car pour s’interroger, il faut dans un premier temps savoir s’extraire pour ensuite approfondir et donc mieux s’individualiser… Je suis plus souvent spectatrice qu’actrice, sauf, et particulièrement actuellement, lorsque les gazs de la bêtise font sauter le bouchon un peu trop loin… Merci Christophe pour toutes les belles interrogations que vous suscitez… 🌞
Oui malheureusement, l’être humain reste toujours très manipulable par la politique sur le fond…
Peut être, la connaissance de ce genre d’expériences sociales, peut aider à certaines prises de conscience, c’est ce que j’essaie d’activer.
Merci de votre témoignage Isabelle 🙂